Les abeilles de Montval

En plus de ne pas consommer local, acheter un miel BIO « qui vient de loin » ne permet pas de s’assurer de la qualité du produit

La P’tiote Breuve : François LAIR, vous êtes apiculteur dans la commune de Bourgvilain. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je réside à Bourgvilain depuis décembre 2018. Avant j’étais dans l’Yonne. C’est là bas que j’ai démarré mon activité. Cela fait 20 ans que je suis apiculteur amateur.

J’ai commencé avec 10 ruches. Aujourd’hui, j’en ai 70 installées sur 5 sites. Je me sens vraiment professionnel depuis 2017.

L’apiculture est une activité classée comme élevage. Anciennement, il y avait peu d’intervention dans la vie de l’abeille. Mais de nos jours, l’apiculteur intervient de plus en plus, ce qui justifie cette classification. 

Je suis autodidacte dans le domaine de l’apiculture, mais je sais qu’une formation apicole a été ouverte à Dijon pour former des ingénieurs apicoles qui pourraient accompagner la filière. Nous pouvons donc nous attendre à une industrialisation de l’apiculture en France.

L’industrialisation ou la production de masse paraissent parfois néfastes pour les filières concernées. Quel est votre avis en ce qui concerne la filière apicole ?

En France, il y a à la fois de très gros apiculteurs à la pointe de la technologie, et à la fois un réseau de petits apiculteurs. Ce réseau de petits apiculteurs est très important pour le maillage du territoire au niveau des insectes pollinisateurs.

J’ai constaté qu’il y a autant de manière de faire que d’apiculteurs. Il est très difficile de faire des généralités. Il y a environ 2000 apiculteurs qui vivent avec 150 ruches ou plus en France, alors qu’il en existe 50 000 qui  en possèdent moins de 50. 

Vous travaillez avec 70 ruches au total. Est-ce beaucoup pour un apiculteur ?

Dans les faits, pour être considéré comme apiculteur à plein temps il faut avoir au moins 150 ruches. A l’époque où la vie de l’abeille posait peu de problèmes et où il y avait moins besoin de surveiller les colonies, un apiculteur seul pouvait récolter beaucoup de miel avec 150 ruches (parfois plus) sans avoir besoin de tant d’aide que ça.

L’apiculture a changé fondamentalement dans les années 90 avec l’arrivée du Varroa, un parasite, qui a alors été la première cause de régression des abeilles. C’est un parasite de l’abeille qui entraîne la prolifération de maladies, de l’affaiblissement et de la sur-mortalité dans la ruche. L’arrivée de ce parasite est un des effets pervers de la mondialisation.

L’abeille asiatique (Apis Cerana) semble résister aux attaques du Varroa, ce qui n’est pas le cas des espèces élevées en France. Pouvez-nous nous parler des espèces d’abeilles occidentales ?

Chaque territoire dans le monde avait développé ses propres abeilles. Il est admis que l’abeille noire était présente dans toute l’Europe occidentale. Les apiculteurs, par intérêt, ont importé de nouvelles espèces d’abeilles qui venaient des quatre coins du monde pour produire plus de miel. Il y a également eu des sélections, comme dans tout élevage. À l’heure actuelle, la plupart des abeilles élevées en France sont des Apis Mellifera.

Il faut savoir que la plupart des abeilles sont des abeilles dites solitaires, non mellifères. D’autres vivent en petit groupe de 20, 50 voire 100 individus.

Qu’en est-il pour une ruche d’élevage ?

Dans les ruches des apiculteurs, l’hiver, il y a plutôt 10 000 abeilles. En pleine saison (printemps), il y a entre 50 000 et 100 000 abeilles. Pour s’adapter à cette augmentation nécessaire à l’activité de la ruche, une reine peut pondre jusqu’à 2000 œufs par jour.

En effet, l’espérance de vie d’une abeille est de 5 à 6 mois l’hiver, mais n’est plus que de 3 semaines au printemps. Durant la belle saison, les journées sont longues, et il y a beaucoup de fleurs à butiner. Une abeille butineuse s’use très vite. Dans sa vie, une butineuse récolte moins d’une cuillère à café de miel. Il faut beaucoup d’abeilles pour remplir une ruche de miel.

L’espérance de vie des butineuses est relativement faible. Celle d’une reine, quant-à-elle, va de 2 à 4 ans.

Quel est votre point de vue sur le label BIO pour le miel ?

Je suis un peu partagé parce que ça a un coût et que, comme dans beaucoup d’autres domaines, ce n’est pas toujours synonyme de local.

C’est quand même un gage de meilleure pratique, et je m’en inspire dans mon travail. Par exemple, en apiculture BIO, il est interdit de nourrir les abeilles 2 semaines avant d’installer les hausses (étage supplémentaire installé au dessus de la ruche et qui constitue le réservoir à miel) pour s’assurer que le miel provient bien des fleurs et pas de la nourriture fournie par l’apiculteur. En apiculture conventionnelle, il est autorisé de nourrir jusqu’au moment où les hausses sont installées. Le mieux pour l’abeille est de faire en sorte de lui laisser assez de miel pour ne pas avoir besoin de nourrir. 

Ce qui me dérange le plus pour le BIO, c’est la qualité des cires. La plupart des apiculteurs fournissent une plaque de cire à bâtir aux abeilles pour les orienter dans la confection de leurs alvéoles. Ces cires BIO coûtent très cher (elles subissent un suivi qualité très exigeant). Nous n’en produisons pas assez en France, ce qui en fait un produit concurrencé par les cires BIO vendues par d’autres pays qui n’ont pas forcement le même suivi qualité.

Au delà du coût, nous savons qu’il y a beaucoup de falsification de miel. 

Régulièrement, des associations de consommateurs font des tests à l’aveugle sur les marchés ou dans les super-marchés et il y a très souvent des surprises. En plus de ne pas consommer local, acheter un miel BIO « qui vient de loin » ne permet pas de s’assurer de la qualité du produit, même s’il est BIO. L’étiquetage d’origine d’un miel devrait être beaucoup plus précis. La filière apicole française se bat depuis des années pour cela, sans succès.

Vous avez envie de devenir producteur BIO prochainement ?

Pour l’instant je suis en train de m’installer. C’est une envie. Après il faut que je vois le prix que ça me coûtera sachant que je n’ai pas spécialement envie de vendre mon miel plus cher.

Le prix du miel a déjà pas mal augmenté ces dernières années vu qu’on en produit de moins en moins en France. C’est déjà un peu un produit de luxe et je n’ai pas envie de rentrer dans cette gamme.

Sur vos pots de miel, nous pouvons lire « Acacia », « Châtaignier », « Fleurs d’été », etc. Comment est-il possible de savoir de quelles essences vient le miel ?

Pour appeler un miel avec le nom d’une seule essence particulière, le miel en question doit provenir au moins à 80 % du nectar de l’essence d’appellation.

Plusieurs critères nous permettent de déterminer cette essence. Le premier est la période de récolte. Par exemple, si l’acacia n’est pas en fleur au moment de la récolte, le miel ne peut pas venir du nectar de cette plante. Un autre critère est la zone où est installée la ruche.

Enfin, pour les plus connaisseur, le goût est un excellent indicateur.

Il existe des miels liquides, des miels plus crémeux. D’où viennent ces nuances de texture ?

Les différentes textures du miel sont liées à un phénomène physico-chimique naturel lié à la composition en sucres du miel : la cristallisation.

Principalement, nous retrouvons 3 sucres dans le miel.

  • le fructose
  • le glucose
  • le saccharose (plus complexe, combinaison de fructose et de glucose)

C’est la proportion entre ces 3 sucres qui fait qu’un miel va naturellement cristalliser ou non.

Il est également possible d’orienter la cristallisation d’un miel. Pour cela, il faut l’ensemencer avec une proportion de miel déjà cristallisé.

Certains miels deviendront crémeux  sans intervention après la récolte, mais c’est plutôt rare, c’est le cas du miel de colza ou de trèfle . Nombre de miels crémeux sont constitués à partir de mélange de miel.

Le miel crémeux est une forme de miel cristallisé. Il existe des miels cristallisés qui sont quasiment solides. En général, plus la cristallisation est lente, plus la taille des cristaux sera importante. 

Où pouvons-nous retrouver vos produits ?

Vous pouvez retrouver les produits de François dans les points de vente suivants :

  • épicerie de Mme JAMBON à Bourgvilain
  • épicerie et magasin de producteurs locaux à Charnay-les-Macon : La Voie du Bio
  • marché de producteur  sur le parking du Super U à Prissé le jeudi après-midi à partir de 16h ou 17h selon la saison

Un grand merci !

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